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Vie des collections

Acquisition

Vie des collectionsLe Musée des Beaux-Arts de Tours vient d’enrichir ses collections grâce à deux belles acquisitions de nature très différente : d’une part, une esquisse de Georges Clairin (1843-1919) pour le décor du Grand Théâtre de Tours, achetée en vente publique par l’association des Amis de la Bibliothèque et du Musée des Beaux-Arts de Tours ; et d’autre part neuf œuvres données directement par l’artiste contemporaine Isabelle Champion Métadier (née en 1947).

Lors d’une vente aux enchères, organisée au Château de Vaux-le-Vicomte, les Amis de la Bibliothèque et du Musée des Beaux-Arts de Tours se sont porté acquéreur, pour le musée des Beaux-Arts de Tours, d’une peinture de Georges Clairin. Réalisée vers 1888-1889 comme esquisse pour le décor de l’escalier d’honneur du Grand Théâtre de Tours. Elle est composée en trois partie représentant une scène de théâtre au Moyen-Age avec, au centre, le Cardinal du Bellay présentant François Rabelais à François Ier et, à droite, des célébrités tourangelles (Alfred de Vigny, Trousseau, Avisseau). Cette huile sur papier marouflé sur toile mesure 70 cm de haut sur 116 cm de large.

Le Grand Théâtre de Tours, inauguré en 1872, a été ravagé par un incendie en 1883 et reconstruit pour être de nouveau inauguré en 1889. C’est à Georges Clairin que la Ville de Tours avait confié la totalité du décor peint de ce bâtiment reconstruit. Il réalisa les grandes toiles qui ornent, outre le mur du palier de l’escalier d’honneur, le plafond de ce même escalier, Triomphe de la Touraine (œuvre pour laquelle le musée conserve déjà une esquisse d'un style très proche de celle qui vient d'être acquise), le plafond de la grande salle à l’italienne Allégorie de la Danse, de la Musique et de la Tragédie, et enfin celui du foyer Allégorie du Commerce, de l’Industrie et des Arts.
Par rapport au décor tel qu'il a été réalisé, cette esquisse témoigne de l'évolution de la composition : les grandes lignes sont restées identiques, mais quelques détails ont changé. Clairin a notamment ajouté, dans la version finale, le personnage de Balzac, qui domine le panneau de droite, représentant les gloires de la Touraine. Dans l’esquisse, la scène centrale se déroule sur un décor de jardin, dans l’œuvre définitive la rencontre entre François Ier et Rabelais est transposée devant le château d’Azay-le-Rideau, autre symbole de la Touraine.

Georges Clairin (1843-1919) a fait une très belle carrière comme portraitiste mondain dans le dernier tiers du XIXe siècle et au début du XXe. On le connaît aujourd’hui principalement pour les célèbres et nombreux portraits qu’il fit de la tragédienne Sarah Bernhardt, dont il était un ami très proche. Le musée des Beaux-Arts conserve d’ailleurs un beau tableau intitulé Sarah Bernhardt dans son jardin de Belle-Île, emblématique de la relation amicale que le peintre avait nouée avec son modèle. Il conçut et réalisa le décor de la salle à manger de la luxueuse maison que Sarah Bernhardt avait fait construire à Belle-Île, et c’est dans cette île que Clairin mourut en 1919.

Isabelle Champion Métadier, artiste née à Tours en 1947 et vivant aujourd’hui à Paris, a fait preuve à plusieurs reprises de son attachement à sa ville natale et au musée des Beaux-Arts de Tours.

Dès 2000, à la suite d’une exposition au musée organisée l’année précédente, elle avait offert au musée deux peintures de grand format : Fragment I, le printemps et Fragment VI, l’été, appartenant à une série de sept oeuvres exécutée lors d’un séjour au Cap Brun entre juin et septembre 1990.

Afin de réunir cette série intitulée Fragments, Isabelle Champion Métadier a proposé de donner au musée des Beaux-Arts de Tours les cinq grands formats qui restaient en sa possession : Fragment II, l’été (1990), Fragment III, l’automne (1990-1997), Fragment IV, l’hiver (1990-1995), Fragment V, le fou du roi (1990-1995). L’ensemble a été soumis à la Commission scientifique régionale des musée acquisition en septembre 2017, et accepté à l’unanimité

Après une recherche menée au pastel gras, sur des feuilles de papier kraft, l’artiste a utilisé un mélange de résine acrylique et de pigments naturels qu’elle broyait elle-même, conformément à sa pratique de l’époque, à la recherche de nuances précises : rouge vif, orangé, jaune citron, rose saumon, vert pâle, bleu clair, différents gris… Ces couleurs garnissent les fonds des tableaux, sur lesquels viennent se placer des motifs puisés dans l’environnement quotidien de la villa du Cap Brun : pins parasols aux formes variées, ifs, fruits ainsi que des formes abstraites, aplats géométriques ou lignes blanches tracées à la craie, comme des éclairs zébrant la matière picturale. Les pigments ont été appliqués en couches successives, dont les couleurs variées se devinent au bord des motifs. Ce procédé confère à la peinture une épaisseur et une matérialité que l’on ne perçoit pas au premier abord, mais qui s’impose quand on y regarde de plus près : l’œil capte alors des nuances inattendues, qui font vibrer la toile.

Peu après la fin du séjour au Cap Brun, de retour dans son atelier parisien, Champion Métadier a envisagé de désigner six des sept toiles par le titre générique de Saisons. Même si l’ensemble n’avait pas été conçu initialement comme un cycle, les œuvres se prêtaient bien à une référence à ce thème traditionnel, fréquemment utilisé pour la décoration de la salle à manger des grandes demeures. Il n’est donc pas étonnant qu’une artiste aussi attachée à l’histoire de la peinture et aux grands maîtres du passé ait vu cette idée comme une évidence, après une phase de « décantation », selon ses propres termes. Le sous-titre de chacune des toiles témoigne de cette interprétation – « le printemps », « l’été », « l’automne » et « l’hiver » – mais tout cela est traité avec beaucoup de liberté, de manière allusive plutôt que systématique. Inutile de chercher dans les fruits et les arbres représentés un lien précis avec telle ou telle saison ; il s’agit plutôt de motifs représentatifs du lien avec la nature, d’une part, et d’autre part d’un jeu avec l’histoire de l’art.

Les fruits et les arbres sont en effet les éléments de base, respectivement, de la nature morte et du paysage. Ces deux catégories traditionnelles, considérées longtemps comme des genres mineurs, ont gagné leurs lettres de noblesse dans la seconde moitié du XIXe siècle pour l’un (avec les peintres de Barbizon et les impressionnistes) et au début du XXe siècle pour l’autre (avec Cézanne et le cubisme, notamment). Champion Métadier joue avec ces fruits et ces arbres, elle en use comme de signes renvoyant, de manière consciente et revendiquée, aux prémices d’une certaine modernité picturale.

A l’issue de l’exposition, les œuvres sont restées quelques années au musée de Toulon avant de revenir à l’atelier. Certaines d’entre elles ont été modifiées par Champion Métadier en 1995 et en 1997.

Enfin, cet automne à l’occasion d’une visite de la conservation du musée à l’atelier d’Isabelle Champion Métadier, l’artiste a fait part de son désir de compléter ce don avec une série de cinq pastels à l’huile sur papier kraft, études préparatoires pour la série Fragment de 1990. Avec ce troisième don le musée des Beaux-Arts de Tours conserve désormais le plus important ensemble d’œuvres de l’artiste dans une collection publique.

Vie des collections[Le Musée en mouvement]
Dans le cadre du Chantier des collections, le musée déménage une partie de ses collections vers de nouvelles réserves externalisées.Parmi celles-ci deux grandes maquettes en plâtre.

Georges Delperrier (1865-1936)
Maquette pour un fronton du Château d'Artigny
1m52 x 5m45

Etienne-Henri Dumaige (1830-1888)
Maquette en plâtre pour la statue de Rabelais
Hauteur 2m10

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Restauration

Vie des collectionsLe grand pastel de Charles Dufresnes (1876-1938) Scène de rue, 1903, dépôt du Musée national d’art moderne - Centre Georges Pompidou, a fait l’objet d’une délicate restauration en raison d’une attaque de moisissures. Cette
scène nocturne parisienne, des premières années de production de l’artiste avant son voyage en Italie et son séjour à la Villa Abd-el-Tif à Alger, sera présentée dans les salles du deuxième étage.

Vie des collectionsCrosse pastorale du XIIIe s.

Une crosse d’une exceptionnelle qualité a été récemment offerte au musée par un particulier. Découverte à proximité de l’Abbaye de Cormery, elle est à rattacher à la production limousine d’émaux champlevés et présente un magnifique décor de lions et de reptiles en cuivre doré et émaillé. Elle est constituée de trois parties : la douille cylindrique, ornée d’un motif floral et végétal émaillé, est flanquée de trois reptiles en cuivre doré dont la queue se termine en volute. En forme de boule aplatie, le nœud se divise en deux hémisphères sur lesquelles se détache une frise de lions ajourée et en haut-relief. Le crosseron présente un motif d’écailles émaillées et se termine par un serpent mordant la queue d’un lion qui tourne la tête vers celle du serpent en signe d’affrontement.

En 2016, la crosse pastorale a été confiée à Annie Volka, Restauratrice du patrimoine. Cet objet d’art, enfoui durant plusieurs siècles, présente de nombreuses altérations : concrétions et corrosions, cassures et déformations, altérations de la dorure et des émaux. La restauration a consisté à nettoyer et stabiliser les surfaces, à refixer certains éléments et à combler quelques lacunes. Ce travail a permis de rendre à cette remarquable crosse son éclat et sa préciosité.

Vie des collections

Profitant du déménagement des collections du XVIIIe siècle pour l’exposition Joseph-Benoît Suvée, trois consoles en bois doré vont être restaurées, notamment la console à décor de feuilles d’acanthe et de guirlandes de laurier, estampillée Edme Chollot reçu maître menuisier en 1723 et la console Louis XVI saisie au château de Chanteloup en 1794.

Etude scientifique

Vie des collectionsPrêté à l’exposition de Luxembourg et d’Aix-la-Chapelle, la Vierge de douleur va prochainement faire l’objet d’une étude au Centre national de recherches des Primitifs flamands de l’Institut Royal du Patrimoine artistique à Bruxelles (IRPA). La réflectographie infrarouge permettra de révéler le dessin sous-jacent et d’affiner l’attribution de cette peinture aujourd’hui classée comme une œuvre de l’atelier d’Albercht Bouts (vers 1410-1549).

Chantier des collections

Les réserves actuelles du musée des Beaux-Arts sont à la fois insuffisantes et dispersées sur les cinq niveaux du bâtiment. Elles sont composées d'une succession de petits volumes qui ne permettent pas de conserver les oeuvres dans des conditions satisfaisantes de climat, manipulation et consultation.

La ville de Tours, avec le soutien de la communauté d'agglomération Tour(s) Plus, du conseil régional du Centre et du ministère de la Culture et de la Communication, a donc décidé de réhabiliter l'ancien site du Crédit Lyonnais à Saint-Avertin afin de créer des réserves externalisées et mutualisées, adaptées pour le musée des Beaux-Arts, le musée du compagnonnage et le muséum d'histoire naturelle.
Désormais achevées, ces nouvelles réserves de 1685 m² vont permettre d’assurer la conservation et la sécurité des collections dans de bonnes conditions et offrir les espaces de services indispensables pour le travail sur les oeuvres, leur étude et leur consultation. Cet équipement performant répond à toutes les normes de conservation en matière de climat, de rangement, de sûreté.
Avant le déménagement dans ces nouvelles réserves, le musée effectue depuis cinq ans une opération d’envergure sur les oeuvres, le chantier des collections, programme muséologique qui regroupe un ensemble d’actions de conservation préventive permettant l’étude systématique des collections et leur mise à niveau sanitaire.

  • Récolement : c'est l'opération qui consiste à vérifier sur pièce et sur place, à partir d'un objet ou de son numéro d'inventaire la présence du bien dans les collections, sa localisation, son état, son marquage, la conformité de l'inscription à l'inventaire, ainsi que le cas échéant, avec les différentes sources documentaires, archives, dossiers d'oeuvres, catalogues. Le récolement est une obligation légale en cours dans tous les musées de France.
  • Evaluation de l'état des collections
  • Traitement d'urgence
  • Dépoussiérage des oeuvres
  • Conditionnement des oeuvres
  • Transfert et stockage
  • Mise en fonction des nouvelles réserves.

Le traitement, le déménagement et le rangement de ces objets permettent d'acquérir une connaissance plus complète des collections et de leur apporter un soin global.

Durant ces années nous avons récolé les collections, évalué leur état, mis en oeuvre un certain nombre de traitements d’urgence allant de la consolidation aux traitements fongiques, nous avons soigneusement dépoussiéré tous les objets et les avons conditionnés pour leur déménagement.
La dernière opération du chantier sera de traiter les collections des musées contre les insectes xylophages avant leur entrée dans les réserves. La bulle d’anoxie, destinée au traitement par privation d’oxygène, attend déjà les oeuvres sur place. Plus de 15 000 oeuvres vont ainsi être déménagées pour prendre place dans des enceintes patrimoniales différenciées en fonction de la nature des matériaux et dont le climat sera régulé et maîtrisé.
Un soin particulier a été apporté au choix des équipements spécifiques : grilles à tableaux, meubles à plans, compactus… permettant un rangement optimisé et sécurisé.

Acquisitions

  • Peintures et sérigraphies de Pierre Buraglio

Plusieurs oeuvres de Pierre Buraglio ont enrichi les collections du musée en 2015 grâce notamment à la générosité de l’association des Amis de la Bibliothèque et du Musée des Beaux-Arts de Tours qui a permis l’acquisition du tableau Rue Clément Marot, mais aussi à celle de l’artiste lui-même qui a souhaité offrir au musée une peinture faisant appel au même procédé de réutilisation d’éléments plastiques, For over stand, et deux sérigraphies représentant la Déposition du Christ inspirées du Retable d’Issenheim, polyptyque peint vers 1515 par Matthias Grünewald et conservé aujourd’hui au musée Unterlinden de Colmar.

  • Vitrail de Victor Saché

ActualitésCe vitrail en forme de médaillon de Victor Saché (1876-1945), réalisé d’après la Vierge à la chaise de Raphaël, a été offert au musée par les descendants du maître-verrier. Victor Saché fut élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Tours avant de travailler dans le célèbre atelier de peinture sur verre animé de 1848 à 1892 par les peintres et verriers Lobin, établi rue des Ursulines. Le musée des Beaux-Arts possède déjà dans ses collections plusieurs huiles sur toile et dessins de Julien-Léopold Lobin (1814-1864), ainsi que des vitraux réalisés par son fils Lucien-Léopold Lobin (1837-1892), mis en place au premier étage de la tour gallo-romaine, dans l’ancien oratoire des archevêques. Ce vitrail d’une grande finesse d’exécution et représentatif de la production de l’atelier tourangeau vient ainsi compléter judicieusement ce fonds.

Histoire d'une restauration

Une gouache sur vélin d'Adèle Riché (1791-1878) : Bouquet de fleurs.

Annie Gilet, conservateur en chef, Pauline Munoz et Pauline Helou-de La Grandière, restauratrices du Patrimoine.

Ce grand vélin utilisé comme support d'un dessin à la gouache présentait de multiples déformations et altérations qui n'autorisaient pas sa présentation au public. Les restaurations audacieuses menées sur le parchemin et pour les retouches permettent désormais d'apprécier le travail délicat et la gamme chromatique très subtile d'Adèle Riché, fidèle à la tradition hollandisante et à son maître Gérard van Spaendonck.