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Dessins

Les ruines de Palmyre, 1821

CASSAS Louis-François

Azay-le-Ferron, 1756 - Versailles, 1827

Les ruines de Palmyre, 1821

Aquarelle, plume et encre noire sur papier vélin filigrané.

H. 66,5 cm L. 103,5 cm

Achat galerie A. de Haspe, Paris, 1958

Inv. 1958-11-2

Notice complète

Exposé au Grand Palais - RMN dans le cadre de l'exposition "SITES ÉTERNELS - DE BÂMIYÂN À PALMYRE, VOYAGE AU CŒUR DES SITES DU PATRIMOINE UNIVERSEL", du 14 décembre 2016 au 9 janvier 2017.

Envoyé en mission dans les provinces de l'Empire ottoman par le comte de Choiseul Gouffier, ambassadeur de France à Constantinople, Cassas séjourne à Smyrne et visite Ephèse en novembre 1784. Il s'agit de la première étape d'un voyage exceptionnel qui allait durer plus d'un an. Seule la partie orientale de cet itinéraire, d'Alexandrette à Alexandrie et de Nicosie et à Palmyre, illustrera le Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phénicie, de la Palestine et de la Basse-Egypte publié par Cassas dès l'an VI (1798) et resté inachevé.

En 1816, Cassas est nommé inspecteur des travaux et professeur de dessin à la Manufacture royale des Gobelins. Ce titre lui permet de recevoir des "appoitements" honorables qui lui laisse le loisir de se consacrer à ses dessins. En effet, à partir de 1817 et ce jusqu'à sa mort en 1827, s'ouvre une des périodes les plus fécondes depuis les années 1780-1790. Cassas exécute alors, et presque exclusivement, de grandes aquarelles dont le format - proche ou dépassant parfois le mètre de long - rivalise avec les tableaux de chevalet. Signées, datées, mises sous verre et toujours joliment encadrées, toutes ces œuvres sont destinées à la vente.

Cassas consacre les dernières années de sa longue carrière, qui n'a rien diminué ni de la dextérité du dessinateur ni l'aisance de l'aquarelliste, à reprendre des sujets inspirés de son voyage exceptionnel au Levant et en Egypte.

Pour cette vue de Palmyre, à la fois réelle et fantaisiste, l'artiste reprend une petite aquarelle exécutée à Rome vers 1787 et gravée par Reville et Varin en 1794 pour l'illustration de son Voyage pittoresque. L'artiste se contente d'agrandir son motif, tout en conservant les mêmes figures pour animer ces ruines. Cependant, peut-être pour fermer sa composition à gauche, il y place le tombeau d'Elahbël, pourtant situé dans la nécropole orientale. Par la dimension de l'œuvre, le désert de Palmyre hérissé de colonnes et jonché d'innombrables vestiges, seule mémoire d'une brillante civilisation disparue, apparaît plus majestueux. On comprend aisément la fascination de Goethe en découvrant les aquarelles de Palmyre, au cours d'une visite à l'atelier de Cassas, Piazza di Spagna à Rome en 1787. Outre l'intérêt que suscite ces ruines depuis 1750, l'espace géographique du désert de Syrie apparaît pour la première fois, fidèle au site, sur une feuille colorée.

Réalisée en 1821, cette aquarelle se présente comme un hommage à l'écrivain Constantin François de Volney, mort le 25 avril 1820, dont l'ouvrage Les Ruines ou Méditation sur les révolutions des empires, publié en 1791 et sans cesse réédité jusqu'en 1824, n'aurait pu être rédigé sans l'audacieuse aventure de Cassas à Palmyre et sans son portefeuille de dessins.

L'année 1821 est également une date particulière dans la carrière de Cassas puisque l'artiste est décoré de la Légion d'honneur. Le texte rédigé à cette occasion par le duc de Rohan fait état des travaux très importants du dessinateur, en particulier de ses relevés des ruines de Palmyre en juin 1785, "matériaux précieux, la plupart inconnus avant la découverte qu'en fait l'auteur et consultés dans toutes les Bibliothèques pour l'étude des monuments et l'usage des édifices somptueux construits sous la Reine Zénobie. Dans l'Exposé des travaux d'arts et ouvrages littéraires que le Sir Cassas a réalisé, l'auteur rappelle "l'ouvrage immense, absolument neuf, couronné dès sa publication. Trente livraisons publiées successivement ont fixé l'attention de l'Europe qui en attend encore la suite avec impatience". Une manière pour le duc de Rohan et pour Cassas de relancer la publication du Voyage pittoresque, resté inachevé en 1804.