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Dessins

Allégorie de l'oeuvre d'Inigo Jones

KENT William

Bridlington, Yorkshire, 1685 – Londres, 1748

Allégorie de l'oeuvre d'Inigo Jones

Sanguine sur papier vergé blanc, sur esquisse à la pointe sèche

H. 39,5 cm L. 26 cm

Don Adolphe Grondard, 1932

Inv. 1932-303-5

Notice complète

C'est Boris Lossky, alors conservateur au musée de Tours, qui en 1956, après avoir découvert au Cabinet des estampes de la Bibliothèque Nationale une gravure de Jean Audran tirée de cette sanguine, en rendit la paternité à William Kent. Il ne s'agit pas, comme on l'avait cru jusque là, d'une Apothéose de Claude Perrault par Mignard, mais une évocation du grand architecte anglais Inigo Jones (1573-1652).

Avec ses figures allégoriques et sa composition assez convenue, l'œuvre est de toute évidence un dessin préparatoire pour un frontispice de livre. Elle n'orne pas, comme on pourrait s'y attendre, les Designs of Inigo Jones, publiés en 1727 par William Kent avec l'aide de Burlington, et l'on ne sait pas pour quel ouvrage elle fut conçue.

Le personnage principal est une imposante Minerve, aisément identifiable à son harnachement guerrier. Le torse à moitié dénudé, la déesse protectrice de Rome et des artisans pose son bras gauche sur un écusson aux armes d'Inigo Jones et désigne de la main droite l'effigie de l'artiste, dont Kent reprend le type d'un tableau de Van Dyck qui fit l'objet de plusieurs répliques, tant peintes que gravées. Juché sur la base d'une colonne et posé contre un soubassement monumental, le portrait de Jones est présenté par le Génie ailé de l'architecture qui tient dans sa main droite l'équerre emblématique. Deux enfants portant d'autres attributs complètent l'allégorie. Curieusement, et contrairement à l'usage, ni le plan tenu par le putto debout, ni le fond architectural sur lequel se détache le groupe, ne font directement allusion à l'œuvre du grand artiste. L'arrière-plan est une évocation de l'architecture antique sur laquelle il fonda tout son art : colonne monumentale portant la flamme du Génie, aqueduc et temple lézardés par le temps. A droite, un paysage de collines établit un dialogue entre l'art et la nature auquel Kent était particulièrement sensible.

Il faut donc lire ce dessin comme un éloge de l'architecture classique et de celui qui sut l'imposer en Angleterre au prix d'une rupture brutale avec le style élisabéthain. On sait que, pour opérer cette révolution, Jones s'inspira beaucoup de l'architecte italien Palladio, dont il étudia les réalisations et collectionna les dessins. C'est par les mêmes moyens que Kent et Burlington contribuèrent, un siècle plus tard, à la naissance du palladianisme, qui plaça pour longtemps l'architecture anglaise à l'avant-garde de la création européenne.