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17e siècle

Le Massacre des Innocents

CORNEILLE Michel

Vers 1650

Le Massacre des Innocents

Huile sur toile

H. 410 cm L. 227 cm

Dépôt de l'Etat, 1803, transfert de propriété de l'Etat à la Ville de Tours, 2010.

Inv. 1803-1-5

Notice complète

Le tableau est signalé dans les descritions anciennes de Paris et ses élises (1725, maître-autel de l'église des Saints-Innocents, Paris) comme oeuvre de Michel Corneille, mais les auteurs ne précisent pas qu'il s'agit de Michel Corneille le Vieux (1603-1664) ou de son fils Michel II (1642-1708). Pierre-Marie Auzas (1914-1992), inspecteur général des Monuments Historique, jugeait le tableau trop faible pour être du père et considérait la toile comme une collaboration entre les deux artistes. Quoi qu'il en soit, c'est du style très reconnaissable et personnel de Michel Corneille le Vieux, que relève selon nous ce Massacre des Innocents.

Michel Corneille, originaire d'Orléans, apparenté à son maître Simon Vouet dont il a épousé la nièce Margueritte Grégoire en 1636, est une figure encore mal reconnue de la peinture française du milieu du XVIIe siècle. Sa première oeuvre datée, Jacob et Esaü (1630), conservée au musée des Beaux-Arts d'Orléans, témoigne par ses emprunts aux artistes nordiques comme à l'Italie, de la diversité de sa culture picturale. A pros de ses productions plus tardives, tel le May de 1644, Saint Paul et saint Barnabé refusant à Lystre les honneurs divins (musée des Beaux-Arts d'Arras) et celui de 1658, Saint Pierre baptisant le centenier (Toulouse, église Saint-Pierre) on peut citer Mariette (1694-1774), historien d'art bien informé : "[il] ne fut pas si scrupuleux imitateur de la manière de cet habile maître [Vouet], quelquefois trop négligée et éloignée du naturel, qu'il ne cherchât en se proposant pour guide les ouvrages de Raphaël, à rendre la sienne plus sage et plus étudiée." La définition vaut plus encore pour le Massacre des Innocents : la composition est emprunté au carton de tapisserie de Raphaël, que Corneille avait lui-même gravé, ou bien à la gravure de Marcantonio Raimondi.

On retrouve dans le tableau de tours, le fond d'architecture en perspective dont la fuite est interrompue un moment par les arcades d'un pont en travers. Dans un souci de symétrie, Corneille a doublé le motif de l'homme brandissant un poignard pour égorger un enfant. Son tempérament porté au théâtral l'a conduit à accentuer, à l'inverse de Raphaël, la gesticulation des personnages et leurs expressions de colère ou de terreur.

L'oeuvre, qui n'évoque plus guère l'influence de simon Vouet, doit se situer à une date assez tardive dans la carrière du peintre, proche du May de 1658 et des peintures de plafond de la galerie de l'hôtel Amelot de Bisseuil, dit des Ambassadeurs de Hollande, représentant l'Histoire de Psyché.