> > > 18e siècle

18e siècle

Portrait de l’abbé Jean-Baptiste Joseph Willart de Grécourt (Tours, 1684- Tours, 1743)

LATOUR (d'après Nicolas Delobel ?)

XVIII° siècle

Portrait de l’abbé Jean-Baptiste Joseph Willart de Grécourt (Tours, 1684- Tours, 1743)

Huile sur toile

82 x 65,5 cm.

Saisie révolutionnaire Collégiale Saint-Martin, mars 1792 ou abbaye de Marmoutier, 1792 ou 1793 ?

Inv. : 1793-5-1

Notice complète

Une inscription écrite à l’encre au XVIIIe siècle attribue cette toile à un certain Latour : « Peint par Latour à Paris / rue St Proche des Jésuistes 1737 ». Cet artiste homonyme du célèbre pastelliste, n’a pu être identifié malgré l’indication de l’adresse qui nous permet de préciser qu’il habitait près de la rue Saint-Antoine. Si la mention du XVIIIe siècle est exacte, il est possible que ce portrait ait été peint en 1737 à l’occasion d’un des voyages, qui furent fréquents, de l’abbé Grécourt à Paris. A moins que l’artiste ne se soit inspiré directement du portrait peint par Nicolas Delobel (non localisé).

Portrait de l’abbé Jean-Baptiste Joseph Willart de Grécourt (Tours, 1684- Tours, 1743)

Inscr. au dos de la toile à l’encre au XVIIIe siècle : Ioan Bapta Ioseph Willart De Grécourt / Hujusce Martinianae Turonens Ecclesiae / Presbyt. Can. Preb. / Poëta Celebris / Sexagenarius Obiit Die 2 a April. / An. Dom. MDCCXLIII.

De la même époque et d’une écriture différente : Peint par Latour à Paris / rue St [Antoine] proche les Jésuiste (sic) 1737. Au dos de la toile : deux cachets de cire rouge

Après des études à Paris, Jean-Baptiste Willart de Grécourt revient à Tours. Sa famille le destine à la carrière ecclésiastique mais le jeune garçon ne semble pas particulièrement y être prédisposé. Cependant il obtient un canonicat à Saint-Martin de Tours puis devient l’ami du maréchal d’Estrées avec qui il voyage. Attiré par le monde intellectuel mais aussi par la vie mondaine et frivole, le jeune chanoine séjourne fréquemment chez le duc d’Aiguillon au château de Véretz où il rencontre la princesse de Conti et plusieurs personnalités. Carré de Busserolle nous rappelle que cet homme aimait composer des poèmes : « sans se soucier des atteintes qu’il portait à la morale et à la religion. Perdant toute pudeur, sa plume, fidèle écho des mœurs dissolues de l’auteur s’abandonnait aux peintures les plus licencieuses … ». Son poème contre les Jésuites Philotanus, est publié à Paris en 1730 ; puis trois ans plus tard Enfer en déroute par la doctrine des Jésuites ; on lui doit également de nombreux autres petits ouvrages en particulier une comédie burlesque contre un certain Dumont, chantre de Saint-Martin de Tours : Les Rillons-rillettes, ou la Bulle Unigenitus acceptée à Tours, opéra comique de l'abbé de Grécourt ainsi que son célèbre Maranzakiniana, qui est un recueil des bons mots de Monsieur Maranzac, officier de chasse du Dauphin, qui faisait également office de bouffon à la Cour. Ce recueil sera mis sous presses à l’imprimerie de la duchesse de Bourbon au Palais-Bourbon en 1730. Le mode de vie de Grécourt scandalise mais il aura également ses admirateurs, des années plus tard les frères Goncourt, puis Guillaume Apollinaire seront notamment les défenseurs de cet homme d’esprit.

Accoudé à sa table de travail, c’est le poète qui est représenté ici et non l’homme d’église. Le chanoine est portraituré la plume à la main, probablement occupé à versifier. Félix Laurent et Anatole de Montaiglon ont souligné dès 1891 (2) les similitudes existants entre ce portrait et une estampe en contrepartie de René Gaillard (1719-1790) d’après Nicolas Delobel (1693-1763). Il est vraisemblable que l’artiste ait réalisé le portrait de Tours d’après ce tableau dont le souvenir ne nous est connu aujourd’hui que par cette gravure. Si l’inscription au dos de la toile est exacte ce portrait a été peint en 1737, période où les écrits de Grécourt commencent à obtenir une certaine réputation, qu’on les admire, que l’on s’en amuse, ou que l’on s’en offusque.

Les deux inventaires révolutionnaires qui mentionnent ce portrait sont contradictoires, l’un indiquant que l’œuvre provient de la collégiale Saint-Martin, le second de l’abbaye de Marmoutier. Il semble plus vraisemblable que le tableau ait en effet été saisi à Saint-Martin, puisque Grécourt y était chanoine. De plus, l’inventaire après décès de l’abbé Grécourt dressé dans sa maison au cloître Saint-Martin en 1743 mentionne : « Dans sa chambre : trois tableaux de famille, l’un représentant le défunt abbé de grécourt, l’autre, son père, et le 3ème , son aïeule, non estimés à l’inventaire ». Il est possible que ce portrait du « défunt abbé de grécourt» soit celui conservé au musée de Tours.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008