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18e siècle

Portrait d’Antoine-Vincent-Louis-Barbe Duplàa à l’âge de neuf ans (Pau, 1753-1775)

LOIR Marianne

vers 1715 ?- après 1769

Portrait d’Antoine-Vincent-Louis-Barbe Duplàa à l’âge de neuf ans (Pau, 1753-1775)

Huile sur toile

75 x 59 cm.

Legs André Foulon de Vaulx, 1952

Inv. : 1952-1-8

Notice complète

La biographie de Marianne Loir présente encore aujourd’hui bien des mystères., les dates même de sa naissance et de son décès nous sont encore inconnues. Issue d’une famille d’artistes parmi lesquels Nicolas Loir (1624 – 1679) et Alexis III Loir (1712-1785), quelques recoupements d’informations permettent cependant de préciser que sa carrière s’est vraisemblablement déroulée entre 1737 et 1769. Des documents d’archives indiquent en effet qu’elle reçoit en 1737, puis en 1738, le paiement pour des portraits du duc de Bourbon, enfin quelques rares tableaux sont signés et datés jusqu’en 1769. La formation de Marianne Loir présente également des incertitudes, on pense qu’elle a peut-être suivi les conseils de Jean-François de Troy, qu’elle a vraisemblablement connut à Rome, séjournant dans cette ville de 1739 à 1745, alors que son frère Alexis y est pensionnaire de l’Académie de France et de Troy directeur de cette Académie. Si le rôle direct de Jean-François de Troy est incertain, en revanche nous avons confirmation qu’elle fut l’élève d’Hubert Drouais, indication précieuse qui permet de mieux appréhender l’influence de ce brillant portraitiste sur l’art de Marianne Loir. Guillaume Faroult (conservateur au département des peintures du musée du Louvre) souligne : « son art [celui de Drouais] …n’est pas sans parenté avec celui pratiqué un peu plus tard par la jeune femme, au point d’ailleurs que l’on a pu récemment hésiter pour l’attribution de certains tableaux entre ces deux artistes». De retour en France, Marianne Loir réalise essentiellement les portraits de la noblesse de province, Jean et son épouse Bonne de la Croix Laval (Lyon, musée lyonnais des arts décoratifs), Marie-Charles-Auguste Grimaldi (Saint-Lô, musée des beaux-arts et d’histoire)... Mais son portrait le plus célèbre est certainement celui de La Marquise du Châtelet (Bordeaux, musée des beaux-arts), dans lequel elle révèle une maîtrise de la couleur et une délicatesse tout à fait remarquables. Reçue membre de l’Académie de Marseille en 1762, sur présentation du Portrait d’André Bardon, l’artiste continue sa carrière itinérante qui le plus souvent se confond avec celle de son frère. La connaissance de la production de Marianne Loir reste encore aujourd’hui un peu confuse car certains tableaux lui sont attribués mais sans aucune certitude.

Portrait d’Antoine-Vincent-Louis-Barbe Duplàa à l’âge de neuf ans (Pau, 1753-1775)

Ce portrait charmant et attachant, du jeune Antoine Duplàa, peint le 1er septembre 1763 par Marianne Loir, est tout à fait caractéristique de la manière délicate et raffinée de cette artiste. Antoine-Vincent-Louis-Barbe Duplàa est né le 4 décembre 1753 à Pau. Sa famille appartenait à la noblesse béarnaise, son père le baron de Duplàa était seigneur d’Escou. André et Henri Foulon de Vaulx aimaient particulièrement cette région et y séjournaient régulièrement, c’est là qu’Henri Foulon de Vaulx achète ce portrait au vicomte de Nays-Candau descendant de la famille Duplàa, qui en 1891 prête pour l’Exposition rétrospective des Arts de Pau, plusieurs portraits de sa famille réalisés par Marianne et Alexis Loir. Le musée des beaux-arts de Pau conserve un Portrait du Président Bayard, (premier époux de Caroline Duplàa, sœur d’Antoine) peint par Marianne Loir en 1769 et deux pastels d’Alexis Loir réalisés en 1772, un autoportrait de l’artiste et un Portrait du Marquis de Candau (membre de la famille Duplàa). Ces trois œuvres sont entrées dans les collections du musée de Pau en 1946 par legs de Madame de Nays-Candau. La famille possédait également un pastel réalisé par Marianne Loir (localisation inconnue). Cet ensemble d’oeuvres révèle une fois encore que la formation puis la carrière de Marianne Loir et celles de son frère Alexis se confondent très régulièrement, les deux artistes travaillant conjointement pour les mêmes commanditaires.

Cette œuvre a été réalisée par Marianne Loir l’année suivant sa réception à l’Académie de Marseille. Le minois attendrissant du petit garçon, aux joues rebondies et rosies par le bon air de la campagne, fait oublier l’aspect artificiel de ce type de portrait. La position très figée de l’enfant, la mise en scène organisée pour valoriser ce petit jardinier de théâtre sont représentatives de l’art de Marianne Loir, mais également de cette production de la deuxième moitié du XVIIIe siècle prônant les plaisirs bucoliques et les vertus campagnardes. On connaît plusieurs portraits de l’artiste peints dans cette veine et qui présentent bien des analogies avec notre petit jardinier, notamment Le Portrait présumé de Charles de Montaignac en pâtre ou encore Le Portrait du comte de Cossé en berger. Si l’on a parfois reproché à Marianne Loir le répertoire très restreint qu’elle utilise pour les attitudes de ses personnages, empruntant assez régulièrement des schémas à Pierre Gobert, on lui reconnaît une recherche toujours élégante des coloris, Xavier Salmon souligne à ce titre des rapprochements avec l’art de Jean-Marc Nattier. Dans ce portrait d’Antoine Duplàa, dominé par le beau rouge de la veste et de la culotte portées par l’enfant, l’artiste décline toute une gamme de couleurs fraîches en harmonie avec le sujet. Ce tableau peut-être rapproché d’un autre portrait de Marianne Loir, Portrait de fillette tenant une guirlande de fleurs, qui partage une même douceur avec l’œuvre de Tours.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008