> > > 18e siècle

18e siècle

Les fruits de la Paix de Ryswick sous l’allégorie d’Apollon ramenant du ciel la Paix accompagnée de l’Abondance pour favoriser les Sciences et les Arts

MAROT François

Paris, 1666 - Paris, 1719

Les fruits de la Paix de Ryswick sous l’allégorie d’Apollon ramenant du ciel la Paix accompagnée de l’Abondance pour favoriser les Sciences et les Arts

Huile sur toile

151,5 x 196 cm.

Dépôt de l'Etat, 1803, transfert de propriété à la Ville de Tours, 2010

Inv. : 1803-1-14

Notice complète

Fils de Jean-Baptiste Marot, peintre dont la biographie reste obscure, François Marot fut l’élève de Charles de La Fosse dont il était selon Mariette le neveu. Il réalise le May de 1697, L’Apparition du Christ aux trois Marie, puis est agréé à l’Académie royale deux ans plus tard. Reçu comme peintre d’histoire en 1702 sur présentation des Fruits de la Paix de Ryswick.. il expose une seule fois au Salon, en 1704. Après sa réception, Marot enseigne à l’Académie, nommé professeur adjoint puis professeur en 1715, tout en répondant à de nombreuses commandes. Son oeuvre est manifestement influencée par le courant coloriste de la fin du XVIIe et des toutes premières années du XVIIIe siècle, marquée par les productions de Coypel, Jouvenet et La Fosse. François Marot travaillera pour la Cour, réalisant en particulier des œuvres commémorant des évènements contemporains, Institution de l’ordre militaire de Saint-Louis en 1695, 1710 (Versailles, musée national du château et de Trianon), ou des sujets mythologiques, Latone et les paysans de Lycie, 1706 pour le Grand Trianon et Vénus et Vulcain, Jupiter et Sémélé pour les appartements de la reine mère au Louvre (Versailles, musée national du château et de Trianon).L’artiste répond également à des commandes pour l’Eglise, le Martyre de saint Laurent (église de Rotterdam), La Présentation au temple (Aix en Provence, église Saint-Esprit). Les œuvres de cet artiste, dont la manière est encore très marquée par la fin du règne de Louis XIV, restent aujourd’hui assez rares. Il est vrai que la carrière de Marot sera relativement courte, puisqu’elle ne durera qu’une petite vingtaine d’années. Il est probable également que des œuvres attribuées à certains artistes doivent en fait lui être rendues.

Les fruits de la Paix de Ryswick sous l’allégorie d’Apollon ramenant du ciel la Paix accompagnée de l’Abondance pour favoriser les Sciences et les Arts

Agréé à l’Académie royale le 25 avril 1699, François Marot présente au mois de septembre de la même année « l’esquisse du sujet qui luy a esté ordonné pour sa réception, qui représente les fruicts de la Paix » après avoir obtenu un délai supplémentaire l’artiste est reçu « sur le talent de l’histoire » le 24 mars 1702, sur présentation de ce tableau. Le sujet imposé à François Marot, comme morceau de réception, commémore les traités de Ryswick, signés en septembre et octobre 1697, dans cette ville des Pays-Bas, pour mettre fin à la guerre qui opposa la France à la ligue d’Augsbourg, qui comprenait l’Empire germanique, les Pays-Bas, l’Angleterre et l’Espagne. Cette guerre avait duré dix longues années, et la paix fut accueillie avec enthousiasme en France, comme en témoignent la littérature et l’iconographie abondantes liées à la signature de ce traité.

Cet événement politique de premier ordre est traité par l’artiste sur le mode allégorique. Grâce à la paix retrouvée les arts majeurs vont pouvoir s’épanouir à nouveau. François Marot met en place dans cette oeuvre un dispositif précis qui permet de comprendre les conséquences du traité. Au centre de la composition, Apollon, dieu de la poésie et des arts, ramène la Paix, reconnaissable à son rameau d’olivier, et l’Abondance portant la corne d’Amalthée remplie de fruits et de fleurs. Couronnée d’un diadème, et vêtue d’une large draperie mordorée, l’Académie leur rend hommage. Le symbole le plus spécifique de cette personnification de l’Académie est la lime posée au sol « lime qui parachève les œuvres à force de les corriger ». Elle est accompagnée des deux arts majeurs : la Peinture réalisant un portrait de Louis XIV en pacificateur victorieux, et la Sculpture. A droite les deux allégories sont probablement l’Histoire qui témoigne de cet événement par écrit et la Poésie. Enfin, en arrière-plan, la Sagesse chasse la Discorde, munie du flambeau dont elle embrasait la Terre, et l’Envie s’arrachant les cheveux.

La composition pyramidale claire et bien équilibrée offre à cette œuvre une ampleur particulière. Les figures révèlent de grandes qualités de dessin. Une étude préparatoire pour le visage de l’allégorie de la Sculpture, présentée à l’extrémité gauche de l’œuvre, a été récemment identifiée. Ce dessin conservé au musée des beaux-arts de Rennes a été pendant de nombreuses années attribué à Antoine Coypel en raison du monogramme AC présent sur la feuille, avant d’être classé parmi les œuvres de Jean-François de Troy. Cependant les rapprochements étroits existants entre ce dessin et le profil de cette allégorie présente sur le tableau de Tours permet de rendre cette étude à François Marot. On sait que certaines œuvres de Marot ont parfois été confondues avec celles de Troy.

Dans son morceau de réception Marot se souvient de manière évidente des leçons de La Fosse, à qui il emprunte les formes souples des figures et l’harmonie des couleurs. Il joue également avec un bel équilibre sur les zones d’ombre et de lumière, qui offrent à l’œuvre un fort effet de profondeur. Cependant, la palette chatoyante, d’une fraîcheur presque acidulée à certains endroits, est très personnelle et annonce la production d’artistes qui travailleront dans la génération suivante, tel Carle Van Loo.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008