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18e siècle

Portrait d'homme

PERRONNEAU Jean-Baptiste

Paris, 1715-Amsterdam, 1783

Portrait d'homme

Huile sur toile

54 x 45,5 cm.

Acquis par rente viagère à Charles Schmidt, avril 1874

Inv. : 1874-5-43

Notice complète

Après une première formation de graveur chez Laurent Cars, Jean-Baptiste Perronneau s’exerce au dessin et à la peinture probablement auprès de Natoire ou d’Hubert Drouais. Perronneau, qui se consacre alors exclusivement au portrait se révèle être dès ses débuts un talentueux pastelliste. Agréé à l’Académie Royale en 1746, il expose au Salon la même année trois portraits au pastel et deux peints à l’huile. Il présente régulièrement des œuvres aux Salons suivants puis, l’Académie ayant résolu en 1749 de ne plus accepter d’œuvres au pastel pour la réception des artistes, il est reçu en 1753 « sur le talent du portrait » sur présentation de deux tableaux, Portrait de Lambert Sigisbert Adam l’aîné et Portrait de Jean-Baptiste Oudry (Paris, musée du Louvre). Considéré comme l’émule et le rival de Quentin La Tour, il devient le portraitiste des milieux artistiques et intellectuels parisiens, clientèle que lui abandonne Quentin La Tour. L’année suivant sa réception il effectue un premier voyage en Hollande, commence alors une longue et incessante pérégrination qui le mène en Italie (1759), en Angleterre (1761), en Russie (1781), en Pologne (1782) et dans différentes régions françaises. Sa présence est attestée à Angers, Lyon, Toulouse, Abbeville, Bordeaux mais c’est à Orléans qu’il séjournera le plus souvent. Aignan-Thomas Desfriches, qu’il avait rencontré en 1744, lui obtiendra plusieurs commandes de portraits auprès de la riche bourgeoisie orléanaise. Le musée des beaux-arts d’Orléans conserve à ce titre un ensemble de pastels et de tableaux de Perronneau tout à fait exceptionnel, Portrait de Robert Soyer, Portrait de Daniel Jousse…. Il retourne régulièrement en Hollande, et décède à Amsterdam en 1783. Plus de quarante portraits de Perronneau sont conservés dans les collections publiques hollandaises.

Si les premières œuvres de Perronneau semblent influencées par l’art de Nattier, La petite fille au chat, 1743 (Londres, National Gallery) puis par celui de Quentin La Tour, à qui il emprunte en particulier la mise en page serrée, Portrait de mademoiselle Huquier, 1750 (Paris, musée du Louvre), Portrait de Charles-François Pinceloup de la Grange, 1747 (Los Angeles, The J. Paul Getty Museum) l’artiste s’en démarque assez rapidement par un coloris plus vrai, un modelé plus massif et moins creusé dans ses représentations de personnages dont il révèle la vie intérieure avec une intensité rare. Son style sobre et sincère, presque intime et sa technique audacieuse, qui confèrent à ses portraits une vérité parfois un peu rude, permettent de classer Perronneau parmi les artistes précurseurs du milieu du XVIIIe siècle.

Portrait d’homme

Charles Schmidt légataire de ce tableau au musée le mentionne sur l’inventaire qu’il dresse de sa collection en indiquant : « Portrait de Perronneau ». Curieusement depuis son entrée au musée en 1874 l’œuvre a pourtant toujours été considérée comme étant l’autoportrait de Jean-Baptiste Perronneau, avec parfois cependant certaines réserves. Vaillat et Ratouis de Limay dans l’ouvrage qu’ils consacrent à Perronneau en 1923, confirment que ce tableau est un autoportrait par la confrontation de l’oeuvre avec l’estampe de Benedict-Alphonse Nicolet d’après Charles-Nicolas Cochin représentant l’artiste de profil. « Charles-Nicolas Cochin, ami de Desfriches, n’a pas manqué de ranger le peintre pastelliste dans sa galerie de médaillons. Nous avouons qu’en général ces profils en série nous semblent dénués d’accent personnel ; cependant celui de Perronneau échappe à cette uniformité… mais autant qu’on puisse comparer deux portraits d’âge et d’arrangement différents, la ressemblance est frappante : un front dégagé, un regard direct, un menton accentué … ». Cependant ce jeu des ressemblances manque de fiabilité, car on peut également noter des détails physiques fort différents. Cette estampe est le seul document connu pouvant servir de référence ; Vaillat et Ratouis de Limay signalent un dessin à la sanguine de Fernandez, passé en vente en 1907 et désigné au catalogue comme étant celui de Perronneau, mais ce dessin n’a pu être localisé. Nous préférons ne plus considérer ce tableau comme étant un autoportrait de Perronneau.

Dans un cadrage permettant un échange direct avec le spectateur, Perronneau présente cet homme de face, la veste de drap brun cuivré ouverte de manière à laisser visible le gilet brodé et le jabot de dentelle. Cette composition sobre, presque monotone, exalte la vivacité du regard et la vitalité de ce visage jeune. Perronneau utilise dans ce portrait cette technique qui lui est si personnelle, maniant le pinceau par petites touches, par hachures à la manière du pastel, de petites stries sont ainsi apposées sur toute la surface de la toile, certaines marquées par de très légers empâtements en particulier sur certaines zones du visage et sur la perruque poudrée. Il utilise une palette de couleurs qui offre également la subtilité chromatique du pastel. Le visage est modelé dans une gamme de beiges-rosés, les ombres étant portés en dégradés de verts, qui se mêlent délicatement et sans rupture au fond de l’œuvre brossé dans des tons de gris-verts. Cette audace dans l’utilisation de la touche et de la couleur sera en grande partie à l’origine de l’incompréhension de ces portraits par les contemporains de cet artiste « venu trop tôt » selon Albert Besnard (1849-1934, peintre, critique d'art, académicien) qui ajoute « au milieu de cette troupe somptueuse, il fait l’effet d’un moderne égaré chez les anciens.. combien est étrange cette propension de la foule à faire l’éducation du génie… ». On reprochait également à Perronneau l’aspect non fini de ses portraits, à l’occasion du Salon de 1751 le critique Le Comte écrit : « ses têtes sont touchées avec esprit mais elles sentent trop l’esquisse et je voudrais qu’on ne pût pas en appeler séparément les couleurs ».

Par cette technique laissant visibles les accents de la brosse, et l’utilisation de couleurs parfois très crues, Perronneau accroche et fait vibrer la lumière avec une acuité presque troublante. L’œuvre frissonne de présence, Albert Besnard évoque à ce propos « l’onde mouvante » des portraits de l’artiste, qui nous séduisent précisément aujourd’hui par leur audacieuse modernité.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008