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18e siècle

L'Adoration des Mages

CONCA Sebastiano

Gaëte, 1680 - 1764

L'Adoration des Mages

Huile sur toile

H. 51,1 cm. L. 67,5 cm.

Collection Charles Schmidt, acquise en 1874

Inv. 1874-5-53

Notice complète

En 1874, la ville de Tours acquiert en échange d'une rente viagère, la collection du restaurateur et professeur de dessin de Tours, Charles Schmidt. Cet important ensemble comprenait notamment soixante dix-neuf tableaux, dont cette Adoration des Mages que le collectionneur attribuait à Claudine Stella. La présence sur l'oeuvre des lettres, SC entrelacées, a guidé Schmidt dans cette proposition. En 1891, F. Laurent et A. de Montaiglon maintiennent l'attribution à l'école de Carlo Maratta qu'ils avaient proposée dix années auparavant, dans le catalogue de 1881, tout en évoquant pour la première fois le nom de Sebastiano Conca. Après une courte description de l'oeuvre, ils indiquent : ... Il était attribué à tort à Claudine Stella, morte très âgée, en 1697 ; la légèreté du sentiment clair et gai de la couleur, dont la préoccupation est uniquement pittoresque, n'est pas d'ailleurs française, mais italienne. Est-il de Sebastiano Conca, de Gaëte, né en 1680 et élève de Solimène, ou de Carlo Salis, né à Vérone en 1680, élève à Venise de Balestra et mort en 1773 ? Sans points de comparaison, il serait bien difficile de le dire ; en tout cas le tableau est intéressant. Prudemment Paul Vitry, en 1911, conserve l'attribution à l'école italienne du XVIIIe siècle, mais sans évoquer le nom de Conca. Il faudra attendre 1953 pour que le monogramme de cet artiste soit identifié avec certitude par Hermann Voss.

En 1965, Jean-Marie Girard déchiffra la date, 1707, inscrite sous la signature, découverte essentielle qui permettait de rectifier les mentions des anciens catalogues indiquant celle de 1727. La date de 1707, ne peut pas être contestée, en effet les chiffres se développent un à un, bien distinctement, à l'intérieur d'une mouluration du coffre à droite de la composition. On peut cependant être étonné, comme le souligne Giancarlo Sestieri par la date assez embarrassante de ce tableau, car l'oeuvre semble anticiper de manière étonnante sur les productions futures de Conca, et peut être tout à fait comparée à des oeuvres exécutées par des artistes romains quelques années plus tard. L'année 1707 est une date clé dans la carrière de Conca, l'artiste se fixe alors à Rome où il demeurera jusqu'en 1750.

L'oeuvre de Conca durant les premières années de son séjour romain, comme en témoigne ce tableau, affirme une double influence. Celle du baroque, issue de ses années de formation à Naples auprès de Solimena, mais également celle d'un classicisme raffiné qui dominait le milieu artistique romain autour de Maratta, et que Conca semble avoir étonnamment assimilé dès son arrivée dans la ville.

Dans l'oeuvre de Tours, les formes baroques sont contenues, mesurées. Si la composition en diagonale et le portique incurvé renvoient manifestement à ce courant, les effets de draperies et les gestes des personnages n'accusent aucun excès. Une ordonnance claire et une atmosphère sereine, due notamment au visage de la Vierge, se dégagent de l'ensemble, annonçant la production classique de Conca.

La personnalité forte de l'artiste s'affirme déjà dans ce tableau, qui influencera manifestement quelques années plus tard Giuseppe Chiari, lorsqu'il exécutera un tableau de même sujet conservé à la Gemaldegalerie de Dresde. Les analogies étroites existantes entre ces deux oeuvres ont été établies par Eric Schleier.

Conca a traité à plusieurs reprises le thème de l'Adoration des Mages. La version de Tours est plus particulièrement proche de deux d'entre elles, l'une exécutée en 1720 pour le retable de l'église de l'Annonciation à Gaëte, la seconde conservée au Palais Corsini à Rome, et datée par Sestieri entre 1707 et 1720.La touche est plus vigoureuse et la lumière plus vive sur le tableau de Rome, mais sur l'une et l'autre composition on retrouve la même disposition des personnages, développant une frise sinueuse.