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18e siècle

Portrait d’Antoine-Marie Comte du Cluzel

DANLOUX Henri-Pierre

Paris, 1753 - Paris, 1809

Portrait d’Antoine-Marie Comte du Cluzel

Huile sur toile

65, x 54 cm

Don de la comtesse de Cossé-Brissac, née Charlotte de Biencourt, 1942

Inv. : 1942-4-1

Notice complète

Formé dans l’atelier de Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784), auprès de qui il s’initie à la peinture de genre et au portrait, Danloux devient ensuite l’élève de Joseph-Marie Vien afin d’appréhender le grand genre. En 1775, Vien nommé directeur de l’Académie de France à Rome permet à Danloux de poursuivre sa formation en Italie sans avoir concouru au Grand Prix. Henri-Pierre Danloux séjournera à Rome pendant huit longues années, avant de rentrer en France en 1783. L’artiste fera un second voyage en Italie entre 1787 et 1789. Présentant ses premiers portraits dès 1771 au Salon de la jeunesse, l’artiste y est déjà remarqué. Il expose ensuite très régulièrement à ce Salon puis à celui de la Correspondance jusqu’en 1791. Il devient rapidement un portraitiste recherché notamment par les milieux artistiques et aristocratiques. Ses amitiés au sein de la société de l’Ancien Régime l’obligent à quitter la France pendant les troubles révolutionnaires. Il se réfugie à Londres, avec d’autres artistes comme Elizabeth-Louise Vigée Lebrun, pendant près de dix ans et continue à peindre de nombreux portraits pendant cette longue période, notamment ceux des émigrés français : Portrait de Charles de France, comte d’Artois, 1796 (Versailles, musée national du château et de Trianon), Portrait de Louis- Henri- Joseph de Bourbon prince de Condé, 1797 (Chantilly, musée Condé). La production de l’artiste devient alors plus sobre révélant en particulier l’influence du portraitiste anglais George Romney (1734-1802). De retour à Paris, Danloux fait quelques essais en peinture d’histoire : Sully déchirant la promesse de mariage d’Henri IV à Henriette d’Entragues (Pau, musée national du château),, tout en continuant à réaliser des portraits qui se caractérisent par une franchise psychologique et une représentation dénuée d’apparat superflu.

Portrait d’Antoine-Marie Comte du Cluzel (Nontron, 1737 – Blanville, 1853)

Une lettre de la comtesse de Cossé Brissac adressée au maire de Tours en 1949, et conservée dans les archives du musée, explique les conditions dans lesquelles a été faite la donation de ce portrait. « En 1941 et 1942 j’ai fait don au musée des beaux arts de la ville de Tours d’un ensemble de tableaux, meubles, livres et objets d’Arts ayant appartenu à François-Pierre du Cluzel… cette donation fut faite en pleine occupation ce qui explique que ne voulant pas attirer l’attention des Allemands sur ces objets précieux je ne fis aucune déclaration à vos services ». Cette importante donation provient du château de Blanville, propriété de du Cluzel, qui fut intendant de la généralité de Tours de 1766 à 1783, et à qui l’on doit notamment la réalisation de travaux d’urbanisme importants pour la ville à la fin du XVIIIe siècle. Toutes ces œuvres étaient conservées dans le cabinet de travail de François-Pierre du Cluzel. Cette collection représente donc un intérêt historique local de premier ordre. De plus, outre ce portrait réalisé par Henri-Pierre Danloux elle comprend plusieurs œuvres majeures pour le musée notamment trois portraits d’Alexandre Roslin représentant l’intendant et ses beaux-parents, Monsieur et Madame de Flandre de Brunville et trois bustes du XVIIIe siècle de l’intendant et de son épouse.

Ce portrait d’Henri-Pierre Danloux représente Antoine-Marie Comte du Cluzel, cousin de François-Pierre du Cluzel, dont il devient également le gendre en 1778, en épousant l’une de ses filles, Marie-Thérèse. Antoine-Marie du Cluzel entre dès l’âge de treize ans comme surnuméraire aux mousquetaires noirs, il fait ensuite une brillante carrière militaire, devenant lieutenant des grenadiers au régiment des Gardes françaises. Il émigre en 1791 et deux ans plus tard commande une compagnie d’hommes au siège de Maestricht. Nommé conseiller intime du Prince de Nassau il vit à la cour de Hesse-Nassau jusqu’en 1800, date à laquelle il revient en France. L’œuvre est caractéristique des portraits réalisés par Danloux à la fin de l’Ancien Régime, le visage traité rapidement à larges coups de pinceaux donne une présence physique pleine d’une spontanéité presque troublante, l’artiste en revanche s’est plus attardé, avec même une certaine méticulosité, dans la représentation de la veste de velours d’un beau vert émeraude, et du gilet en satin gris perle à fines rayures. Quelques touches de rouge accrochent la lumière et donnent une belle intensité au tableau. L’on peut rapprocher ce portrait de certaines œuvres peintes par Danloux en particulier le portrait de Louis Marquis de Fontanes, grand maître de l’Université (Versailles, musée national du château et de Trianon) peint également avant le départ pour Londres de l’artiste. Mais l’œuvre qui présente le plus d’analogie avec ce portrait d’Antoine-Marie du Cluzel est sans conteste celui peint par Danloux la même année et représentant Pierre-François-Jean du Cluzel, fils de l’Intendant (Paris, musée Cognacq Jay).

Le musée de Chartres conserve un portrait de Marie-Thérèse du Cluzel attribué à Danloux et considéré comme pendant de celui de Tours. Les dimensions des deux portraits sont identiques mais le tableau de Chartres est daté de 1779, ce qui représente sept années d’écart avec le portrait d’Antoine-Marie du Cluzel, de plus à cette date Danloux est encore en Italie. Ce portrait provient également du cabinet de l’intendant du Cluzel au château de Blanville et a été donné par la comtesse de Cossé-Brissac au musée de Chartres. Un portrait de la comtesse Marie-Thérèse du Cluzel, peint par Danloux vers 1787, provenant de la même collection est passé en vente à Monte Carlo en 1984.

Texte extrait du catalogue raisonné Peintures françaises du XVIIIe s. Musée des Beaux-Arts de Tours / Château d'Azay-le-Ferron, par Sophie Join-Lambert

Silvana Editoriale, 2008